Tinu

Montagne
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totbung

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Posté le 25-07-2010 à 13:26:14  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

Merci d'avance pour vos commentaires.

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Tes yeux marrons me regardent, « chocolatte » comme disait ta mère. Tu viens de me poser une question et tu attends ma réponse. Esperanza, tel est ton nom. Mais bordel, pourquoi tu m’as posé cette question ? La réponse est simple pourtant, elle tient en moins de 10 mots. Tu me regardes et je reprends une grande gorgée de cognac, pour gagner du temps. Tu restes là, calme, l’impatience se remarque à peine dans tes jambes qui tressautent.

Je finis par prendre ma décision. Je me force à regarder dans tes yeux chocolat et, calmement, j’annonce la couleur : « C’est de la connerie. »


Quelques mois plus tôt, ces quelques mots résonnaient dans la cuisine de mes parents : « C’est de la connerie. » Ce n’était pas moi, c’était ce que mon paternel venait de me lancer. Il était agressif, il se tenait debout et m’avait dit de rester assis. Peut-être pour asseoir son autorité parentale, j’en savais rien. Mais le voilà devant moi, les cheveux grisonnants, la cinquantaine bien tassée, et, ce jour-là, il était hargneux, pire que le bouledogue qu’il avait dressé à aboyer sur les gens.

« T’es au courant que même les meilleurs alpinistes s’y cassent les dents ? Et toi, tu voudrais y aller, comme ça ? Passes d’abord ton bac, et on verra bien de quoi t’es capable ! »

Les mots m'ont fait mal, j’aurais du m’y attendre. Ma mère essaya de s’interposer entre nous, d’expliquer ce que mon père m’avait dit, et d’expliquer ma position dans l’autre sens. Mon père continua à aboyer, le bouledogue s’y mettant à son tour. Tout devint flou, je n'ai pas voulu qu’ils me voient pleurer. J'ai pris mon manteau et je me suis cassée, sous la pluie. Je n'avais pas envie de briser ma promesse à ma mère, depuis qu’on avait annoncé son cancer à mon père, j'avais promis d'être gentille avec lui. Alors pour ne pas lui répondre, je me suis enfuie.

Hasard ? Destin ? Je suis passée à ce moment-là devant une petite devanture d’une association caritative, j'ai vu des gamins asiatiques souriant, et une proposition : « Venez donner des cours au Népal. » J'ai poussé la porte, je suis entrée. J’en suis ressortie avec un dossier pour donner des cours du CP au CM2, et les instructions pour me faire faire un passeport. Les billets d’avion allaient être commandés au moment où j'aurai retourner le dossier.

J’ai eu l’impression de vivre un rêve.


De retour dans le présent, je vois que mes mots, les mêmes mots que ceux de mon père t'ont fait mal. Tes yeux se mettent à briller, plein de larmes. Mais tu les chasses courageusement de ta main d’ébène et tu me dis dans un français parfait : « Désolée de vous avoir dérangée. » Tu rassembles tes affaires et j’attrape ta main : « Tu vas y aller n’est-ce pas ? »
J’ai peut-être serré un peu fort, mais tu me regardes avec un regard déterminé, un regard qui me rappelle étrangement le mien, y a quelques mois. Histoire d’être sûre, j’ajoute : « T’es au courant qu’en moyenne, y a un mort par expédition ? » Ton regard vacille mais redevient fixe, tu m’annonces que tu feras attention. Pourquoi j’ai l’impression de me voir dans tes yeux ? Pourquoi je comprends enfin pourquoi ma mère se sentait impuissante face à ma décision obstinée ? Sauf que moi, j’ai un autre choix. Je te regarde et j’ai un sourire sans joie : « Je viens avec toi. »

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Suite à venir

Message édité par totbung le 26-07-2010 à 21:11

spike12

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Posté le 27-07-2010 à 15:12:25  Voir le profil de spike12 Envoyer un message privé à spike12 

ton texte et interessant ^^
j'attend la suite pour savoir ce qu'il va se passer

Message édité par spike12 le 27-07-2010 à 15:13

Chez Wulfy & Spike !

totbung

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Posté le 28-07-2010 à 22:58:21  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

Merci Spike :) Je te mets la suite ici.

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Quelques jours plus tard, je me rends dans la salle d'embarquement. Bizarrement, l’aéroport n’a pas changé mais je le trouve moins grand, moins accueillant, moins prometteur. Je sais où je vais et je sais à quel point cela ne va pas être de la tarte. Au moins, j’ai pu perfectionner un peu mon équipement. Et là, je ne pars pas seule.

Tu me vois arriver de loin et tu m’accueilles avec de grands gestes. Tu me présentes ton équipe. Que des noms connus, c’est impressionnant comme tu as réussi à les mobiliser. Des noms que je n’avais vu que dans les livres prennent soudain vie. L’un des barbus vient me voir et me demande doucement : « C’est vous l’expédition 47 ? » Je hoche la tête, pas vraiment envie de parler de ma première et seule expédition. Il comprend et me demande : « C’est leur fille ? » Nouveau hochement de tête de ma part. Il annonce alors d’une voix encourageante : « On la ramènera entière, vous verrez. » Je desserre les lèvres pour la première fois : « Y a intérêt. »


Une fois dans l'avion, je me rends compte que les vibrations des moteurs ne me font plus peur, le décollage ne me tire ni aucun sourire ni aucune larme.
En repensant à mon premier vol, je me rappelle surtout que c’était la première fois que je voyais mon père muet. Et l’argent qu’il m’avait donné, discrètement : « Pour le billet de retour. » Il m’avait regardé, et j’avais vu sa peur. Et confusément, j’avais deviné qu’il avait peur pour moi, ce que ma mère n’arrêtait pas de me dire et que j’avais eu du mal à croire.

Alors, pour la première fois, je lui ai promis quelque chose. : « Je reviendrai pour votre anniversaire, dans 9 mois. » Leur anniversaire tombait le même jour que mon retour programmé. Mes parents m’avaient alors regardé et mon père avait lâché : « Ne sois pas en retard. » Son ton comme leurs deux sourires avaient été mal assurés, et le fait de me voir partir de la maison nous permettait enfin de nous comprendre tous les trois. Je me sentais bien, c’était quand même plus normal de partir avec des larmes et des sourires, non ?



Quelques heures d’avion plus tard, je me réveille en sursaut. Je me suis endormie et j’ai un peu de mal à me resituer. Tu es en train d’étudier des cartes avec l’un des barbus de l’expédition. Tu rentres des points dans le GPS, tu te renseignes sur le terrain. Dieu qu’on se ressemble toutes les deux. J’étais aussi fébrile que toi. Mais maintenant je sais qu’une fois arrivés, on ne nous laissera monter que si on se montre capable de respirer. Et les globules rouges mettent un petit moment à s’habituer aux altitudes élevées. Je referme les yeux, et je me laisse bercer par vos murmures : «repère IGN n°…, là, au dessus de l’abri, cela fera un bon point pour… »




A l’arrivée de l’avion, une surprise de taille m’attend. Un grand gaillard asiatique d'une vingtaine de printemps, à la peau teintée d’une vie en plein air nous accueille et je ne peux m’empêcher de m’exclamer, surprise : « Shawn ? Qu’est-ce que tu fais là ?
- Nathalie ! Je te croyais partie pour toujours !
- Eh ben, qui t’a raconté ça ? » Son sourire s’élargit à mon ton bourru, et je retrouve une partie de mon ancien sourire.

Finalement, Esperanza avait peut-être raison. Elle avait besoin de venir ici pour guérir ses blessures, et en l’accompagnant, je suis en train de faire pareil…

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Suite à venir

Message édité par totbung le 28-07-2010 à 23:00

Lorelei22

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Posté le 04-08-2010 à 07:39:31  Voir le profil de Lorelei22 Envoyer un message privé à Lorelei22 

Pas les yeux totalement en face des trous ce matin pour tout lire, mais la première dizaine de ligne ne me déplaît pas.
Par contre, je suis gênée par la rupture entre les deux styles... il faudrait peut-être mieux les intégrer l'une à l'autre, car quand le "vulgaire" surgit, à nouveau suivit du lyrique, ça me bloque quelques instants. J'ai l'impression de trébucher sur les mots...

Je te ferais un petit détail quand je serais mieux réveillée :XD:

Si vous voulez devenir mes éditeurs ;)http://www.mymajorcompanyboo (...) rs/tinalorelei/

totbung

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Posté le 04-08-2010 à 20:32:20  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

Oups, je ne pensais pas que cela gênerait, les passages d'un style à l'autre.

Au début, c'était encore plus brut de décoffrage, mais je l'ai totalement repris pour adoucir les angles, suite à l'avis de deux de mes proches.

Bref, tout ça pour dire, j'attends ton nouvel avis, je me permets de poster la suite en attendant :)

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Deux mois plus tard, je suis en train de gueuler : « C’est hors de question ! » Je viens de taper du poing sur la table. Je les regarde un par un, tous ces barbus qui se prétendent alpinistes, incapables de dire vraiment non aux beaux yeux humides d’Esperanza. Je ne sais pas comment elle arrive à ce qu’ils se sentent ainsi coupables, mais moi, je ne me sens pas coupable, c’est de la folie, alors, c’est non, point barre.

« Nathalie, cela fait deux mois, je me sens prête à… 
- Non, c’est non, tu m’entends ? Tu voudrais monter là-haut alors que la météo est aussi mauvaise ?
- Ce n’est qu’un mauvais vent…
- C’est exactement l’erreur qu’ont faite tes parents, bordel ! »

Le silence se fait lourd, pesant, seulement brisé par les pleurs d’Esperanza. Je m’en veux de lui avoir fait mal, mais j’ai raison et ces barbus qui me foudroient du regard le savent. Je sors de la tente en tempêtant contre ces pauvres cons incapables de dire non. Y aurait-il eu une porte que je l’aurais claqué avec plaisir.

Je m’éloigne, attrape ma gourde et me sers un dé de cognac que j’engloutis aussi sec. Marre de devoir dire non haut et fort et me prendre des regards de haine. Marre, marre de passer pour la méchante auprès de cette fille qui a le même âge que moi.

Et oui, on a le même âge, à peu près. J’ai vingt ans, elle en a 18, j’ai l’allure d’un mec, et elle embellirait n’importe quel magazine de mode.
Et pourtant… Je regarde la montagne en face de moi et je lui lance le plus noir de mes regards.


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Suite à venir

Message édité par totbung le 04-08-2010 à 20:33

totbung

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Posté le 11-09-2010 à 19:16:09  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

Suite :

La première fois que je suis venue ici, je voulais me prouver que j’étais capable de monter là-haut, j’ai passé 8 mois à me préparer. Enseigner aux petits des sherpas me donnait une excuse pour monter à mi-chemin, me préparer au manque d’oxygène, à écouter leurs histoires à propos des morts et des héros, de ceux qui avaient réussi à redescendre en sachant s’arrêter si la météo était mauvaise et à ceux qui resteraient à jamais là-haut.

J’ai failli partir au bout de sept mois et trois semaines, et, c’est à mes parents que je dois la vie. La veille de mon départ, je me souviens avoir reçu un colis. Il contenait un téléphone gps qui coûtait une petite fortune, une balise gps pour aider les secours où me retrouver en cas d’avalanche et un petit livre, retraçant l’histoire des plus grands montagnards, ceux qui avaient vaincu quelques hauts sommets.

Je me souviens quasi mot pour mot de la lettre. En substance, cela donnait : « On t’attend, on tient à toi, alors accepte ces cadeaux et reviens-nous saine et sauve. »

Ce soir-là, j’avais commencé à lire le livre et j’ai entendu le père de Shawn rentrer. Je logeais chez eux. D’habitude, je dormais déjà mais là, on en a profité pour parler. Avec nos rudiments respectifs, c’était un peu difficile, mais j’ai vu qu’il était ennuyé. Lorsque j’ai demandé ce qu’il se passait, il m’a annoncé que deux touristes étaient partis braver la montagne. Et il m’avait dit : « Vent mauvais, vent mauvais. » J’avais demandé comment il savait ça. Il m’avait regardé et demandé si je comptais moi aussi y aller. J’ai dit que oui, seulement si le vent était bon. Et je lui avais demandé de m’apprendre comment écouter le vent, et à lire la course des nuages.

Au cours de la semaine suivante, Shawn, son père et moi partions le soir pour aller voir les animaux de bât. Le vieux était souvent encore plus précis que les prévisions météo satellites, un savoir ancestral de père en fils. Et il m’a transmis son savoir, de montagnard à montagnard.


Une ombre se dessine à mes pieds, projetée par les lueurs des flammes. Je suppose que c’est Shawn. Sans me retourner, je déclare : « ça va, je sais, je n’aurai pas du gueuler comme ça. Esperanza ne mérite pas ça. Mais bon, je ne veux pas qu’elle y aille, là, c’est trop mauvais comme temps, on pourrait aller jusqu’en haut, mais au retour, on se ferait tous tuer, ce n’est pas le but, ce n’est pas ce que Catrina aurait voulu. »

La voix fragile d’Esperanza me répond : « C’est d’accord, Nathalie, on fera comme vous voulez. »

Je déglutis et me retourne lentement. L’enfant de Catrina me regarde, elle est toute frêle dans la lueur du feu de camps. Elle me demanda alors d’une voix où je devine ses dernières larmes : « Vous voulez bien me parler de ma mère ? »


Suite à venir

Message édité par totbung le 11-09-2010 à 19:17

spike12

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Posté le 21-09-2010 à 09:55:24  Voir le profil de spike12 Envoyer un message privé à spike12 

vite la suite ;)

Chez Wulfy & Spike !

totbung

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Posté le 26-09-2010 à 13:42:39  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

:) Merci Spike :) Voici la suite :

Dans la tente qui nous sert à toutes les deux, on a installé une table et deux chaises. La lampe nous éclaire à peine, elle se tient renfoncer dans son siège. Je la vois frissonner et lui demande si elle a froid, elle fait non de la tête et plonge son regard inquisiteur dans le mien. Je suis mal à l’aise. Bon sang, depuis mon retour de l’expédition baptisée sobrement 47, je n’ai jamais parlé à personne de ce que j’ai vécu là-haut, c’était trop dur. Mais bon, elle est la fille de Catrina, et elle a besoin de savoir. Je me sers à nouveau un verre de cognac, cela déliera peut-être ma langue. Je lui demande d’une voix tremblante : « Tu veux savoir quoi exactement ? » « Tout. » Et merde. Exactement la réponse que je ne voulais pas.

Je décroche mes yeux des siens et fixe les étoiles au travers du plastique transparent. Alors je commence à parler.


Je me revois arriver sur le début de la crête, en train de penser : « Ca y est, j’y suis presque. » Plus qu’une heure, d’après les indications du père de Shawn, et j’aurai du atteindre le sommet. Malgré le froid, malgré la fatigue, je me sentais bien, j'avais enfin réussi quelque chose de ma vie. Il y avait du vent, pas très fort, juste suffisant pour soulever la fine poudreuse et me la projeter sur le masque qui couvrait mes yeux.

Shawn et le vieux avaient voulu monter avec moi, mais j’avais poliment refusé. C’était quelque chose que je voulais me prouver, je voulais le faire seule. La météo était passée enfin au vert et le vieux m’avait prévenu, un aller, un retour, mais pas de camping sur place ou je me risquais de me prendre une tempête sur la fin de la descente.

J’ai enlevé calmement la neige de mon masque. Pas de précipitations, des gestes mesurés, j'étais dans les temps, pas question de tout gâcher maintenant. Shawn et le vieux m’avaient donné de quoi manger, des trucs tellement gras que cela ferait horreur à des amoureux de la malbouffe, mais qui, ici, sont nécessaires, vitaux.

C’est alors que j'ai vu ce reflet, là, juste au coin de mes yeux. Je me suis tournée sur le côté, lentement, qu’est-ce que c’était que ce reflet ? J’avais croisé pas mal de bouteilles d’oxygène et de détritus en tout genre, mais là, j'ai senti que ce n’était pas la même chose. Je me suis approchée, lentement. Et ce que je vis alors m'a donné envie de vomir. Un cadavre. Un mec à moitié enfoui dans la neige. Merde. J'étais sensée faire quoi, moi ? Je ne pouvais pas me permettre de transporter un poids mort, bordel !

Ce type était en train de sourire, il était gelé dans un rictus qui faisait froid dans le dos. Sa main semblait vouloir faire un geste, mais comment savoir. Un vieux proverbe m'est venu à l’esprit : « Quand le sage pointe du doigt l’étoile, l’idiot regarde le doigt. » J'ai alors suivi la direction vague de sa main et suis tombée sur une bosse qui ne semblait pas naturelle. Dans mon esprit, une prière est montée spontanément : « Oh mon dieu, non, faites que cela ne soit pas ça. »

En mode automatique, je me suis approchée et j'ai dégagé la bosse. Appuyé à un rocher, le corps d’une jeune femme s'est découvert peu à peu. Et brusquement elle ouvrit les yeux et essaya d’attraper mon bras ! «  AAAAAAAAAAH ! » J'ai hurlé, je me suis effondrée en arrière et j’ai essayé de reculer tant bien que mal à toute vitesse. Mais son regard suppliant m'a stoppé. La jeune femme a essayé de parler, mais ses lèvres gelées et craquelées bougaient à peine.

Prudemment, je me suis approchée et j’ai essayé de comprendre, mais elle n’arrivait à produire que des sons sans queue ni tête. Elle roulait des yeux, elle essayait de bouger les mains, elle avait l’air d’être complètement barré. Mais bordel, pourquoi moi ? Qu’est-ce que j'étais sensée faire ? Il ne me restait qu’une petite heure jusqu’au sommet ! Comme pour me narguer, un rayon de soleil éclaira alors le sommet que je rêvais d’atteindre depuis des mois. Je ne pouvais pas l’emmener, elle me ralentirait, et puis, je n'étais même pas sûre qu’elle soit transportable, sans parler des provisions et de la future tempête. Risquer ma vie pour sauver la sienne ? Une vie pour une vie, est-ce que c’est ce choix-là que j’avais ?

Je me suis relevée et j'ai avancé vers le sommet doré par le soleil. Un pas, deux pas. De la bile est montée dans ma gorge, un nœud s'est formé dans mes tripes. Merde ! C’était MON sommet ! Le vent s'est mis à souffler, et soulevait la poudreuse. Mais est-ce que c’était pour ça que mes yeux étaient aussi flous ?

J'ai regardé le sommet et je finis par hurler, de toute la force de mes poumons, de rage et de colère. Si proche, si loin. Mais j’avais pris ma décision et instantanément, la bile est redescendue et mon ventre s'est dénoué. Une vie dans la balance, c’était plus important que n’importe quel sommet. Je suis redescendue près de la jeune femme et j'ai alors déclaré : « Ok, je ne sais pas comment on va faire, mais on va redescendre toutes les deux, ok ? »


--
Suite à venir

Message édité par totbung le 26-09-2010 à 13:43

spike12

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Posté le 26-09-2010 à 14:50:10  Voir le profil de spike12 Envoyer un message privé à spike12 

:ouch: waaaa franchement ce passage est super il y a de la description maîs juste ce qu'il faut pour nous transporter dans ton univers et non nous donner envie d'arreter de lire. Merci car d'habitude je ne m'interesse pas vraiment aux romans ou nouvelles mais la ton texte arrive a me parler :pompom:

alors a quand la suite ^^

Chez Wulfy & Spike !

totbung

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Posté le 27-09-2010 à 20:22:13  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

:rougit: :rougit: :rougit: :rougit: :rougit: Merci :) c'est super gentil ce que tu me dis là :) Bon, allez, je te mets la suite, c'est un gros pavé, mais je ne veux pas couper cette scène au plein milieu :

Une question transperce brutalement mes souvenirs : « Pourquoi vous avez hésité ? » La voix d’Esperanza coupe mon récit, me faisant revenir brutalement dans la tente. Un peu hébétée, je me force à la regarder, et, dans ses yeux, je devine qu’elle me juge, et pas en bien. Cela me fait l’effet d’une douche glacée.

Dans mes pensées, j’échafaude toutes sortes de défense, mais j’ai appris que se justifier, cela n’apporte pas toujours du bon. Une colère froide me gagne. Qui est-elle pour me juger ? Comment peut-elle décider de ce qu’elle aurait fait à ma place ? Elle n’y était pas, bordel ! Je grince des dents et je lance : « Qu’est-ce que t’aurais fait, toi ?
- C’est évident ! J’aurai tout de suite été l’aider.
- Evident, hein ? »

Ma voix est calme, je m’en assure en faisant blanchir mes jointures sur mon verre en acier. Shawn m’a déjà vu entré dans ce genre d’état, lui aurait prévenu Esperanza que ce n’était pas le moment de me chercher. Mais Esperanza se contente de me fixer, un soupçon de colère commençant à colorer son regard. Tant mieux, on est deux. D’une voix sourde, je demande : « Tu as ton brevet de secourisme, Esperanza ?
- Mon AFPS ? Oui, je fais le recyclage chaque année depuis 5 ans. » Elle a répondu avec fierté, et maintenant, elle hésite. Sa voix tremble un peu quand elle me demande : « C’est quoi le rapport ?
- C’est quoi les grands principes du secouriste ?
- Les trois règles ? Alerter, protéger, secourir, dans l’ordre, il faut donc…
- T’es sensée faire quoi quand y a quelqu’un de bloquer dans une pièce enfumée par un incendie ? »

Ma voix devient tranchante, je l’ai coupé et je m’en balance. Elle me fait mal avec ses yeux qui me jugent sans prendre en compte tous les éléments. Elle veut savoir ? Eh bien, vas-y, ouvre les yeux, et regarde-moi. Esperanza recule dans son siège, elle sent que je la mène dans un piège, elle est loin d’être conne. Néanmoins, elle répond : « Eh bien, si je sais où il est, je vais le chercher ?
- Et si tu ne sais pas, tu fais quoi ?
- Ben, j’attends les pompiers, parce qu’il ne faut pas rajouter une victime à aller chercher. »

Je sais, c’est sadique, mais je l’ai amené exactement là où je voulais. Je me sers un verre de cognac , je souris sans joie, et je lève mon verre à sa santé. Esperanza fronce les sourcils, et demande : « Je ne vois pas le rapport entre un incendie et votre choix. »

Encore ce vouvoiement. Tant pis, j’ai gagné. Je bois une gorgée, et je déclare : « Ok, je t’explique. Moi, j’étais là-haut avec une victime, une victime incapable de marcher. Je n’avais des provisions que pour une personne. Je savais qu’elle allait me ralentir, que j’allais me prendre une tempête si j’essayais de nous ramener toutes les deux. Au lieu d’une victime, il y en aurait eu deux à aller chercher. Tu comprends mieux pourquoi j’ai hésité ?
- Non, vous n’avez pas le droit… »
- Pas le droit ? Pas le droit de quoi ? » J’hausse le ton et je continue : « Tu crois que c’est facile comme décision à prendre ? Et maintenant, t’es toujours aussi sûre de toi ?
- Je…
- Ah oui, j’allais oublier. Dans le cas de l’incendie, au pire, si tu te rends compte que tu as merdé, tu peux faire demi-tour. Essayer du moins. T’as aussi des collègues pour te soutenir. Moi, j’étais toute seule, et je savais dès le départ que si je la prenais, je me prenais la tempête. Sans compter que là-haut, on est trop haut pour les hélicos. En clair, pas de jolies échelles au bout de couloir pour accélérer la descente, juste une longue descente en enfer juste pour atteindre une altitude où quelqu’un pourrait enfin prendre le relais.
- ARRETES ! »

Elle vient de crier, en se bouchant les oreilles, et elle pleure. Mes joues sont mouillées à moi aussi, je n’aurais jamais cru avoir à me justifier pour trois pas de plus dans une certaine direction. D’autres alpinistes l’avaient fait, d’abandonner d’autres personnes à leur triste sort, la vie des victimes de la malchance ou de la stupidité contre la leur. Et moi, j’avais choisi le contraire alors que la situation n’était vraiment pas en ma faveur. J’avais le droit d’avoir hésité, bordel !

Je la laisse se balancer d’avant en arrière, les oreilles bouchées, les yeux fermés. J’attrape mon verre et le finis. Je me mouche et je lui tends un mouchoir propre. Elle le sent qui frôle son visage et, relevant la tête, voit que j’ai les yeux aussi rouges que les siens.

Alors elle enlève les mains de ses oreilles, et me regarde fixement. Dans un murmure, elle demande : « Pourquoi ? Pourquoi as-tu sauvé ma mère ? » Je suis épuisée, je n’ai plus envie de parler. Je la regarde et je réponds, d’une voix cassée : « Parce que. »

Parce que je suis humaine, parce que je suis con, parce que des gens m’ont enseigné que la montagne était un lieu où les gens s’entraidaient, parce que je ne voulais pas avoir ce poids sur la conscience. C’est tout ça, c’est rien de ça, c’est à la fois plus grand et plus fort, et plus petit et plus ridicule. Je l’ai fait parce que là, c’était la décision que je devais prendre pour être en accord avec mon cœur. Et le cœur n’a rien de rationnel.

Elle ouvre la bouche pour parler et je lève la main pour l’arrêter. D’une voix fatiguée, je réponds à sa question muette : « Plus tard, pas ce soir. » Dans ma tête, j’ajoute : on s’est déjà fait assez fait mal comme ça. Je vais vers la tente qui me sert de chambre et je l’entends me demander : « Nathalie, tu voudras bien qu’on reparle ? » J’hésite un instant, je finis par hocher la tête et laisse tomber la porte de toile derrière moi.

Suite à venir

Message édité par totbung le 27-09-2010 à 20:26

spike12

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Posté le 01-10-2010 à 15:48:31  Voir le profil de spike12 Envoyer un message privé à spike12 

:p
un gro spavés qui se lit sans soucis ^^

Chez Wulfy & Spike !

totbung

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Posté le 02-10-2010 à 12:30:25  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

Merci :rougit: Et deux petits pavés pour la suite :)

Quelques jours plus tard, la météo est enfin passée au vert. Le père de Shawn nous a prédit trois semaines de beaux temps, largement de quoi faire notre périple. Son fils viendra avec nous en tant que sherpa, et la fierté se lit sur le visage du vieux. En tout, on sera sept, quatre alpinistes barbus, Shawn, Esperanza et moi.

Juste avant le départ, le vieux s’approche de moi avec un livre et un paquet enveloppé d’un torchon. Il me les tend avec son sourire de vieux singe sage. J’attrape les deux et défais le torchon : de la viande séchée et graisseuse à souhait. Il faut plusieurs mois pour en fabriquer, et j’ai complètement zappé de le faire. Je le regarde et le remercie par un hochement de tête. C’est la deuxième fois qu’il m’en offre et cela m’a déjà sauvé la vie. D’une voix calme, je le lui explique en mélangeant nos deux langues et il sourit en hochant la tête, il est content, et il le transmettra à sa femme, c’est elle qui l’a préparé pour Shawn et moi.

Je replis soigneusement le torchon tandis qu’il se penche vers moi et murmure : « Nathalie, vous gardez mon fils ? » Je le regarde, interloquée, je n’ai pas compris. Il me montre alors le livre sous le torchon, je dégage celui-ci et m’aperçois qu’il s’agit du livre de mes parents, je croyais l’avoir perdu !
« Mon bouquin ! Mais comment ? Où ? » Le vieux a un petit rire, content de me voir surprise et heureuse. Puis il s’approche et ouvre juste la couverture. A l’intérieur, un petit mot que je n’avais jamais remarqué. Je reconnais l’écriture de mes deux parents, cela dit simplement : « Que Dieu te garde, Nathalie, reviens-nous saine et sauve. Quoi qu’il arrive, on est fiers de toi. » J’ai du mal à lire leur signature tellement mes yeux sont devenus flous. Je relève la tête et je déclare : « Ok, je garderai Shawn. Je veillerai sur lui. » Le vieux me sourit et pose un doigt sur ses lèvres, et je hoche la tête en réponse. Ok, ce sera notre secret.

Je lui tends le livre et lui dis : « Vous gardez le livre, je reviendrai avec Shawn pour le lire. » Son sourire s’élargit et je le sens soulagé. Il a confiance en nous deux, mais il sait aussi que la montagne est dangereuse, c’est pour ça qu’il nous a confié l’un à l’autre. Instinctivement, je sais qu’il a fait pareil dans l’autre sens.

On rejoint les autres, et le vieux prend son fils part les épaules, les regards qu’ils échangent sont magiques, leur langue natale chantante. Dans le soleil qui s’élève ce matin, je me sens pousser des ailes, on va y arriver et on ramènera tout le monde à bon port.




Après quelques jours de montée, on atteint l’avant-dernier palier. Le petit camp scientifique permanent nous accueille à bras ouvert. Les barbus nous présentent, mais aux sourires qui se crispent à la mention de mon nom, je comprends qu’on m’a reconnue. Bizarrement, je ne leur veux pas. A vrai dire, c’est normal, ils sont ceux qui nous ont accueillies Catrina et moi quand l’hélico s’est posé, eux qui ont tout fait pour la sauver. Même si ça n’a servi à rien, je ne leur en veux pas. Moi non plus, je n’ai pas réussi, ce serait trop facile de leur rejeter la faute.

J’arrive à leur sourire, et l’ambiance se détend au fil de la soirée. Ce soir, on peut se permettre de se laisser aller, on a pas mal de marge. Je vois Esperanza commencer à parler à un des scientifiques, mais celui-ci s’éloigne avec un sourire embarrassé. Pareil avec le deuxième. Alors qu’elle se dirige vers le dernier, je l’attrape par le bras et lui lance : « Eh, qu’est-ce que tu fous ?
- Lâche-moi, Nathalie, tu me fais mal. » Je desserre ma prise sur son bras mais je ne la laisse pas partir. Agacée, elle finit par lâcher : « Je veux simplement savoir qui je dois remercier, qui a recueilli les dernières paroles de ma mère. »
Je lâche son bras et murmure : « C’est moi.
- Pourquoi tu ne me l’as pas dit ? » demande-t-elle avec de grands yeux étonnés. 
- Tu ne me l’as pas demandé. » Ma réponse claque comme un fouet. Merde, c’est quoi déjà le dicton ? Tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ? Plus doucement, je place ma main sur son épaule au moment où elle va parler et annonce : « Ce soir, si tu veux, je te raconterai. »

Elle s’apprête à répliquer, mais se ravise au dernier moment. Elle hoche la tête et me sourit, avant de s’éloigner. Je me sens mal.

Plus tard dans la soirée, j'ai installé des couvertures sur le sol, et je me bois un thé bien chaud lorsqu’Esperanza entre dans la tente. Je lui en propose et elle accepte. Puis, au moment où elle sirote son thé, je me replonge dans le passé.

suite à venir :)

Message édité par totbung le 02-10-2010 à 12:35

spike12

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Posté le 21-10-2010 à 08:42:55  Voir le profil de spike12 Envoyer un message privé à spike12 

toujours bien envie de lire la suite moi ^^ :pompom:

Chez Wulfy & Spike !

totbung

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Posté le 25-10-2010 à 22:14:15  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

Merci d'être fidèle au poste, Spike :) Voilà la suite ! :)

La nuit était tombée depuis trois heures, mais je n’arrivais pas à dormir. Je contemplais l’hélico qui nous avait ramené, un amas de ferrailles bien moche, tout noir sous le ciel étoilé, mais il nous avait ramenés, Catrina et moi. Je notais dans ma tête de dire merci à nouveau merci au pilote. Il allait finir par en avoir marre, mais à chaque fois que je respirais, je me souvenais de la chance qu’il nous avait donnée par son courage et j’avais envie de lui redire merci.

Le lendemain matin, les sherpas devaient revenir avec l’essence, on devait alors décoller et partir pour la ville. Catrina n’était pas bien, les scientifiques avaient fait tout ce qu’ils avaient pu mais aucun n’était médecin et voler de nuit dans les montagnes, avec ces rafales de vents et des escarpements, et si peu d’essences, c’était la mort assurée même si le temps était un peu moins à la tempête.

Je ne dormais pas parce que j’avais un mauvais pressentiment. C’est pour ça, quand Shawn se précipita vers ma tente, je l’arrêtai à mi-chemin. Il n’eut pas besoin de me dire, je fonçai vers la tente où il était en train de surveiller Catrina jusqu'à maintenant.

J’entrai en coups de vent, je la vis frissonner. Elle était encore plus pâle que quand l’hélico avait réussi à nous embarquer. En me voyant, elle essaya de sourire et me demanda : « Natali, scribere per me ?
- Hein ? Scribere… Scribe…tu veux que j’écrive pour toi, c’est ça ? » Sans lui laisser le temps de répondre, je me tournais vers Shawn et ordonna d’un ton sec : « Shawn, t’as du papier ? un crayon ? »

Il me les tendit et je les montrai à Catrina, qui approuva de la tête. Je me tournai vers Shawn et dans mon regard, il lut ma peur. Peur de la perdre, alors qu’on était si près du but. Il posa sa main sur mon épaule, et dans son regard, je lus son encouragement. Il allait faire un formidable sherpa. Je murmurai : « Chie chie. » Merci, dans sa langue. Il me sourit, et s’installa dans un fauteuil un peu plus loin.

Je me retournai vers Catrina, j’essayai de sourire et annonçai : « Je t’écoute. »
Après, je perdis un peu la notion du temps. Elle m'avait dicté des mots, j’écrivais, je lui avais fait relire. Au fur et à mesure, elle avait corrigé de moins en moins. Je terminai la lettre, « per Esperanza , te amare siempre, tu mama. » Catrina m’adressa un dernier sourire, elle me tendit la main.

Je posai le carnet et le crayon et lui pris. Mes mains étaient peut-être froides, mais elle, elle était glacée. Elle ferma les yeux et je ne pus m’empêcher de lui parler, comme je l’avais fait pendant toute cette descente aux enfers : « Allez, Catrina, un dernier effort, s’il te plaît. Tu m’as promis de te présenter ta fille, tu te souviens ? Ne me fais pas ce coup-là. »

J'ai senti une main sur mon épaule. Shawn avait les yeux aussi humides que les miens et il annonça d’une voix faible : « Nathalie, laisse-la dormir, elle est en paix, on ne peut rien faire de plus. Reste pour lui tenir compagnie, elle est beaucoup plus tranquille quand tu es là.
- Shawn, tu restes aussi, hein ? » Il hocha la tête et s’éloigna de quelques pas, puis il revint me poser une couverture sur les épaules. Il rapprocha son siège et nous avons veillé ensemble sur Catrina.

Le lendemain, aux bruits provenant du dehors, Shawn se lèva et alla voir. Les sherpas étaient là, et avec eux, un médecin. Il fonça à la tente, et posa deux doigts sur la gorge de Catrina. Je lèvai un œil ensommeillé, je me étais endormie sans m’en rendre compte. Le médecin secoua la tête avec un air désolé, comme dans un cauchemar. C’était trop tard.



Dans la tente, mon thé est devenu froid, Esperanza m’offre un mouchoir. Ma voix s’est tue depuis un moment et elle a respectée mon silence. Doucement, elle vient me faire un gros câlin, comme la première fois où on s’est rencontrées. Puis, elle se dirige vers sa tente et demande : « Demain ? 
- Oui, la suite, demain. » Je la regarde s’éloigner et je frissonne. Cela fait du bien de parler, de sortir tous ces sentiments qui me rongeaient de l’intérieur.

Ce matin-là, je m’étais sentie si inutile, je me suis enfermée dans le silence. Mais, là, en voyant la silhouette d’Esperanza s’éloigner, je me rends compte que non, que je suis utile. Et cela me fait un bien fou. Je m’endors en écoutant le vent, la voix du vieux me revient, ce sifflement veut dire qu’on aura quelques nuages demain, mais cela ira.

Suite à venir

spike12

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Posté le 30-10-2010 à 09:51:24  Voir le profil de spike12 Envoyer un message privé à spike12 

:p de rien ,j'aime beaucoup et suis curieuse de lire la suite :)

Chez Wulfy & Spike !

totbung

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Posté le 06-11-2010 à 16:46:34  Voir le profil de totbung Envoyer un message privé à totbung 

:) Merci, un gros pavé pour la suite !

Quelques jours plus tard, on a bien monté, on vient d’arriver à la grotte où je me suis cachée avec Catrina pour laisser passer la tempête. Sur le tout petit plateau où le pilote avait réussi à poser l’hélico, les barbus sortent le casse-croûte. Je sors précautionneusement le torchon contenant le magret et en découpe plusieurs tranches. Reconnaissant le torchon, Shawn me sourit et propose de faire passer les tranches à la ronde.

Arrivé au niveau d’Esperanza, elle regarde la viande d’un air étonné et sort un couteau pour en ôter le gras. Sentant le regard appuyé de tous sur elle, elle relève les yeux et demande : « Qu’est-ce qu’il y a ? Le gras, c’est très mauvais pour les artères. » Shawn et moi, on se regarde et on explose de rire, entraînant des sourires parmi les barbus. Je m’avance vers elle et lui prend son gras, puis je lance à la cantonnade : « Qui en veut ? » Je découpe le morceau entre Shawn, un barbu (je crois qu’il s’appelle Eric) et moi.

Se sentant un peu perdue, Esperanza s’approche de moi et demande : « Qu’est-ce que j’ai fait qui soit si drôle ?
- Ben, ici, le gras est brûlé super vite vu comment on doit résister au froid, alors les artères, on s’en fiche un peu. » Ma voix est calme, Shawn et moi on échange un clin d’œil. Je ne peux m’empêcher d’ajouter gentiment : « Tu sais, c’est un peu comme quand tu as voulu emporter ton sèche-cheveux, ici, ce qui est inutile, on le laisse dans la vallée. Tu es sûre que tu ne veux pas essayer ? » Je redécoupe une tranche à tout le monde et fais passer. 

Esperanza jauge son morceau pendant une bonne minute avant de se lancer. Elle mâchonne et s’exclame : « C’est drôlement bon ! Je peux en ravoir ? » Nouvel éclat de rire dans le groupe. Je la regarde et ajoute : « Tu sais, cela a bien plu à ta maman aussi. » Elle me regarde avec étonnement et je rougis. Euh, non, je n’ai pas forcément envie de raconter comment j’ai fait pour la faire manger. Là, c’est mon tour d’être regardée par tout le monde et je m’exclame, mal à l’aise : « Eh, y avait pas d’autre choix, elle n’arrivait pas à manger toute seule au début. »

A mon grand étonnement, les barbus et Shawn approuvent et me sourient, me soutiennent sans demander de détails. Je crois que ces quelques jours de montée nous ont permis de mieux nous comprendre. Le regard d’Esperanza va de l’un à l’autre, cherchant une explication. Eric se penche alors à son oreille et lui explique. La jeune femme laisse échapper une exclamation de surprise. Le jeune barbu a l’air ravi de son effet et je le menace du doigt : « Fais gaffe à ce que tu lui dis, toi. » Il me sourit gentiment et je sens qu’il ne cherche pas à faire du mal.

Je me détends et regarde Shawn revenir de la grotte. Il me tend un téléphone gps, celui que m’avaient offert mes parents et explique : « Il marche encore. » Je regarde le vieux téléphone jaune, il a pris des coups, avec la longue descente et les deux ou trois fois où je suis tombée avec Catrina. Mais grâce à lui, j’ai pu contacter Shawn, c’est lui qui s’est chargé ensuite d’appeler l’hélico et d’alerter les secours. Je le fixe à ma ceinture, à côté du nouveau. Shawn me murmure à l’oreille : « Je comprends mieux pourquoi je n’arrivais pas à t’appeler. » Je le regarde avec étonnement, son regard pétille. Je crois qu’il va falloir que je lui demande des explications, là.

Esperanza ne m’en laisse pas le temps, elle vient à côté de moi et demande à ce que je lui fasse visiter la grotte. On y va toutes les deux pendant que les autres dressent le camp. Je la laisse passer dans l’étroite entrée, et je la vois allumer une lampe de poche. Elle me demande de lui raconter. Alors je lui désigne un creux dans la roche et un petit tas de cendres et j’explique : « On s’est planqué là avec Catrina, avec la tempête, l’hélico ne pouvait pas venir nous chercher, alors continuer à descendre, cela aurait été débile. On s’est arrêté là et je nous ai fait à manger. Vu qu’on était à l’abri du vent, on a pu parler un peu. Ce n’était pas facile, je n’avais jamais appris l’italien. »

Instinctivement, je retrouve ma place près du feu, et je regarde le creux où Catrina dormait. Ma voix tremble un peu mais je me force à continuer : « Elle était allongée là, on se relayait pour dormir. Dans le froid, il faut toujours faire gaffe si on ne veut pas mourir de froid. On se réveillait alternativement et je nous faisais chauffer de l’eau. Au départ, y avait un peu de thé, mais il ne nous restait pas assez pour tenir les trois jours. Il était de plus en plus clair, mais on faisait semblant, il fallait tenir. »

Je regarde alors Esperanza et sourit : « C’est là qu’elle m’a montré ta photo, elle m’a expliqué des tas de trucs sur toi, je n’ai pas tout compris, mais j’ai essayé de lui parler moi aussi, de ma famille entre autres. On ne se comprenait pas toujours, mais on s’en fichait un peu, c’était agréable de s’entendre parler l’une l’autre. »

Repartant dans mes souvenirs, je fixe la paroi en face de moi sans la voir et je continue mon récit, un peu en mode automatique : « J’étais vraiment crevée, tu sais, cela avait été dur de descendre avec elle sur le dos. Elle a veillé sur moi, me réveillant toutes les deux heures, pour que je me repose et que j’arrive à me lever. Toutes les deux heures, j’appelais Shawn avec le téléphone, je lui demandais des nouvelles. Il me demandait de tenir bon, que dès que la tempête se lèverait, l’hélico décollerait. On savait tous les deux qu’il y avait quelques jours à tenir. Grâce au gps, je savais qu’on était au bon endroit, à la bonne altitude. Je lui avais donné les coordonnées, il n’y avait rien d’autre à faire qu’attendre, c’était dur de voir qu’on n’avait plus rien à manger, mais qu’il fallait tenir. »

Ma voix se casse. Je racle ma gorge, c’est difficile à sortir mais j’en ai besoin : « En fait, le plus difficile, ce n’était pas vraiment le froid, la faim. C’était surtout de voir Catrina devenir de plus en plus blanche. Je ne savais pas ce qu’il se passait, je sentais qu’elle n’allait pas bien, qu’elle faisait semblant pour ne pas m’inquiéter. Au moins, elle n’avait plus les délires qu’elle avait au début de la descente. Mais elle avait vraiment du mal à manger, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour l’aider. »

Mes yeux deviennent humides, et Esperanza me prend la main. Je souris et continue : « J’ai vraiment cru qu’on était sauvées ce matin-là. Normalement, c’est Catrina qui aurait du me réveiller, mais c’est le bruit de l’hélico qui m’a réveillé. Je suis sortie aussi vite que j’ai pu avec la neige qui s’était accumulée, j’ai allumé mon feu de détresse. L’hélico a réussi à se poser, et j’ai été récupérer Catrina, elle avait l’air aussi soulagé que moi. » Ma voix craque au moment où je murmure : « La suite, tu la connais. Nom de Dieu, pourquoi elle est morte ? On était sauvées… »

Esperanza me prend dans ses bras et je me laisse faire. Puis elle s’accroupit devant moi et me tend un mouchoir, puis elle commence à parler : « C’est une chose que tu ne m’as jamais demandé, Nathalie, mais je crois que tu as besoin de savoir. Ma mère avait un problème au cœur, héréditaire. C’est pour ça qu’elle et Papa m’ont adopté, ils préféraient que leurs enfants ne naissent pas avec le même problème. Les médecins ont prédit à ma mère qu’elle allait mourir jeune, et qu’elle n’aurait sans doute jamais le temps de faire quoi que ce soit de sa vie. »

La jeune femme me regarde, je suis pendue à ses lèvres, et elle me sourit, un doux sourire très triste. Elle continue alors : « Ma mère a décidé qu’elle n’allait pas laisser une maladie lui pourrir la vie alors, elle s’est mise à vivre comme une acharnée, à vivre pour n’avoir aucun regret. Mon père était alpiniste, et il a organisé la montée du Mont Blanc pour des gens souffrants du même genre de maladie que ma mère, ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Le mont Blanc ne leur a pas suffit et ils ont continué à escalader toutes sortes de sommet. Et comme mes parents voulaient avoir une famille, ils m’ont adoptée. »

Esperanza se tourne vers le coin où j’avais installé Catrina et murmure tristement : « Je me souviens un jour avoir parlé à ma mère, c’était après la mort de mon Grand-Père. Elle me disait que sa plus grande peur était de mourir seule. C’est pour ça que je cherchais l’autre jour qui avait été assez gentil pour l’accompagner dans ses derniers moments. Merci Nathalie d’avoir été là pour elle. » Je la regarde et je m’apprête à sortir une banalité. Mais je me retiens à temps. Je mets ma main sur son épaule et la serre gentiment. Je lui dis : « Merci à toi de m’avoir raconté ça. »

Ainsi, Catrina avait un problème de cœur. J’entends déjà certains me dire que j’avais donc fait tout ça pour rien. Mais quelque part, je sais que non, parce qu’elle avait peur, qu’elle avait besoin de moi et que j’ai fait le bon choix de l’aider à redescendre. Je ne pouvais pas savoir pour son problème de cœur, alors de toute façon, cela n’était pas la question. Et puis, on ne laisse pas un enfant seul dans le noir. Je n’avais pas voulu, je ne veux pas et je ne voudrai pas laisser Catrina seule face à cette mort lente. Je ne dois donc pas m’en vouloir, j’ai fait ce qui me semblait juste. Alors tant pis si les autres pensent que c’était de la folie ou que cela ne servait à rien.

Tout doucement, on regagne le camp et on s’assoit à côté des alpinistes. Le repas est super bon, Shawn sort une petite flûte et nous joue quelques airs. Dans le ciel, des étoiles parsèment la voûte céleste.

Suite à venir

Message édité par totbung le 06-11-2010 à 16:47

Automne

Inscrit le : 31 juil 2008
Messages : 94
Localisation : Je suis du Québec

Posté le 26-07-2011 à 23:13:44  Voir le profil de Automne Envoyer un message privé à Automne 

BOU!

Ha ha ha.... je vous ai fait peur?

Ouais.... je suis revenu faire une petite incursion ici...

Pour, à nouveau lire les superbes histoires de mon amie Totbung.

Mais, là, immédiatement, je dois vous requitter tout de suite car.... faut que j'aille faire le souper... :p

Bye la gang!

Automne

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